L’écrivain à l’heure de l’IA
Je suis écrivain. Mon métier, ma tâche, c’est d’écrire : jouer avec les mots, les sens, faire de belles phrases qui portent des idées fortes. Mon matériau : une langue millénaire, sublime, interminable, si complexe qu’elle peut effrayer.
Être écrivain, aujourd’hui, c’est réussir à dégager du sens dans un temps où l’information nous étouffe : faire de la place pour la beauté, pour une beauté coriace dont on oublie parfois l’existence.
Il y a un an, j’ai découvert les outils d’écriture de l’intelligence artificielle. D’abord un peu sceptique, j’ai vite été fasciné par la puissance infinie, presque divine, de ces machines à textes. Alors, j’ai essayé de l’apprivoiser, d’en apprendre les rouages, les limites, de la pousser dans des zones inconfortables. J’ai joué pendant des heures avec mon concurrent. Pour voir ce qu’elle avait dans le ventre.
Pour être honnête, je ne me suis jamais senti menacé par l’IA. J’aime écrire. Pas elle. Et je suis convaincu d’une chose : le plaisir du texte triomphe toujours.
Dans mon travail personnel, je l’utilise souvent pour me relire, corriger des broutilles, et même recueillir ses idées quand l’inspiration fait défaut. Elle rend les heures d’écriture moins solitaires, moins dépeuplé. L’IA est un outil de travail à la puissance herculéenne à qui il ne manque qu’une seule chose : le désir. Le désir d’écrire, de faire vibrer la langue et d’inventer la vie en partageant nos mots.
L’IA ne remplacera jamais la littérature. Ni les écrivains. Ni les écrivaines. Elle nous met à l’épreuve, voilà tout, et cela n’est peut-être pas plus mal. Elle m’a fait réaliser à quel point j’aimais écrire, à quel point construire un texte seul était mon plus grand plaisir.
Un mot pour finir : à l’ère de l’intelligence artificielle, je crois que l’écrivain est celui qui a toujours l’envie d’écrire alors qu’il sait que son travail peut sembler dérisoire.
